lundi 22 mars 2010

La revue revient en septembre !

Chère lectrice, cher lecteur,

Avant toute chose, nous vous remercions pour l'accueil que vous avez réservé à La-revue.net et au premier numéro de la revue.

Une nouvelle aventure attend les deux auteurs de ce blog dans les mois prochains et va nous contraindre à ne reprendre la revue et le blog qu'en septembre.

En vous remerciant pour votre patience,

Rendez-vous en septembre !

Line Mazuir et Grégory Bozonnet

Cohn-Bendit, Royal !

Les élections régionales terminées, l'heure des bilans peut commencer. L'UMP va s'efforcer de faire oublier la défaite avec un mini-remaniement qui devrait promouvoir les perdants, le Parti socialiste et ses alliés vont rapidement constituer les commissions pour mettre en route leur ambitieux programme pour les régions. Même si leur score aux régionales n'a pas été tout à fait aussi bon que celui des européennes, Europe Ecologie doit aujourd'hui décider des suites à donner à son mouvement.

Comme pour marquer la fin de sa mue, de Dany le Rouge en Dany le Vert, Daniel Cohn-Bendit a décidé de publier aujourd'hui dans les colonnes de Libération une tribune intitulée « Inventons ensemble une coopérative politique ». 42 ans jour pour jour après avoir lancé le mouvement-du 22 mars - qui aura mené aux événements de mai 1968 - le leader d'Europe Ecologie lance un appel à la constitution de « collectifs Europe-Ecologie-22 mars ». Ce choix symbolique de la date peut se voir comme une réponse à l'exaltation par Nicolas Sarkozy du terme Grenelle (voir l'article dans Mars sur l'ouvrage de Denis Barbet). Si le président ne retient de mai 68 que les accords, Daniel Cohn-Bendit, pourtant auteur de Forget 68 !, en magnifie les inspirations révolutionnaires. Car c'est bien à une révolution politique qu'en appelle Daniel Cohn-Bendit, ce lundi dans Libération.

« Abstention, populismes, clientélisme... Cette élection le prouve encore : depuis des décennies, le fossé n'a cessé de se creuser entre la société et le politique. Le divorce démocratique est profond entre des logiques partidaires complètement déracinées qui fonctionnent en hors sol et une société active, diverse, créative mais sans illusion sur la nature et les formes du pouvoir qui s'exerce sur elle. » Tout au long de son appel du « 22 mars », Daniel Cohn-Bendit s'en prend aux partis traditionnels. A l'heure où Europe Ecologie doit trouver la forme que prendra l'organisation de son mouvement, son leader ne veut pas abandonner cette dynamique aux « appareils de partis » puisque « la forme partidaire classique est désormais inadaptée aux exigences nouvelles de nos sociétés ».

Mais alors que doit devenir Europe-Ecologie ? « Entre simple marque électorale et réseau purement virtuel, Europe Ecologie est resté une projection, où chacun pouvait voir midi à sa porte. » Daniel Cohn-Bendit n'aspire en rien à inventer seul ce parti, il imagine seulement « une organisation pollinisatrice, qui butine les idées, les transporte et féconde avec d'autres parties du corps social ». Toute la réussite d'Europe Ecologie, ce qui a vraisemblablement expliqué ses succès électoraux, a été sa capacité à mobiliser des personnalités de la société civile (Eva Joly et José Bové aux européennes, Augustin Legrand aux régionales). L'idée serait de continuer cette ouverture du politique sur la société civile. Dans le cadre de la création des « collectifs Europe-Ecologie-22 mars », les membres de la société civile, les associatifs, les syndicalistes et même les membres d'autres partis politiques sont invités à s'investir dans ces « agoras de l'écologie politique » qui doivent fixer les contours, la structure et la stratégie du mouvement Europe-Ecologie.

Le but est donc de donner une forme pérenne à ce mouvement tout en le préservant des logiques partisanes : devenir un « véritable sujet politique écologiste autonome, transcendant les vieilles cultures politiques. » Car l'important pour Daniel Cohn-Bendit n'est pas « d'où nous venons, mais où nous allons aller, ensemble ».

Dans les mots choisis par Daniel Cohn-Bendit, on note, certes, une volonté de ne pas faire de politique à l'ancienne, mais les formules proposées ne sont pas nouvelles. La participation de la société civile à l'élaboration de la politique est apparue sous ces termes dans les années 80, notamment au moment de la dislocation du bloc soviétique. Elle a été transposée en France à plusieurs reprises et sous plusieurs formes notamment dans l'avènement de la démocratie participative.

Ce qui est intéressant ici, c'est surtout que sur la forme comme sur le fond cet appel semble profondément calqué sur les aspirations de Ségolène Royal, présentées en 2004 dans sa région, et généralisées lors des élections présidentielles précédentes. De là à imaginer que leur accord sur la manière de ré-insuffler de la démocratie dans la politique nationale puisse amener à une union Cohn-Bendit Royal en 2012...

jeudi 18 mars 2010

Régionales : l'impardonnable communication politique de l'UMP

Mercredi soir, François Fillon a tué un policier. En meeting à la Mutualité pour soutenir Valérie Pécresse, tête de liste UMP en Ile-de-France, il a annoncé le décès du policier blessé à Epernay. Souhaitant jouer la carte sécuritaire, seule chance pour l'UMP d'essayer de re-mobiliser son électorat et de récupérer quelques voix frontistes, le Premier ministre est revenu sur le caillassage d'un brigadier chef. Manque de chance pour le Premier ministre, le policier est toujours en vie... Si cet épisode pourrait faire sourire, il est en fait un révélateur de l'insupportable communication de l'UMP depuis dimanche soir et leur débâcle au premier tour des élections régionales. Deux mots d'ordre, il faut nier la défaite et partir à la conquête des votes abstentionnistes quoi qu'il en coûte.


Nier à tout prix la défaite

Jamais on avait vu pareil déni de défaite un soir de résultats électoraux. Sur tous les plateaux, venant de tous les ministres, ou ancien ministre – Rachida Dati nous avant manqué – un seul mot d'ordre : ce n'est pas un vote sanction. La preuve ? Ce n'était pas un vote du tout puisque moins d'un Français sur deux s'est déplacé ; ce scrutin ne peut avoir de sens... Et partout les mêmes mots : « ce n'est que la mi-temps », « il n'y a pas eu de vote sanction », « l'abstention est trop forte pour donner du crédit à ce scrutin »... Refuser à ce point de reconnaître les mauvais résultats, faire preuve d'une telle mauvaise foi, ce n'est pas un déni de défaite, c'est un déni de démocratie. Le téléspectateur en venait à se demander si un ministre n'allait pas nous assurer que l'UMP était en tête au premier tour...

Ce sera chose faite le lendemain grâce à un tripatouillage des chiffres sans nom. Le ministère de l'Intérieur dévoile les résultats définitifs et surprise le PS est second derrière l'UMP. Ce dernier est présenté avec le score entendu à la télévision la veille, mais le Parti Socialiste apparaît mystérieusement seul sans ses alliés radicaux et chevènementistes avec qui ils ont pourtant systématiquement fait liste commune. Le ministère a créé une étrange catégorie « listes d'union de la gauche » créditée de 5,6% retirés au PS... Le PS n'aurait donc recueilli que 23,52 % des voix (contre 29,12% dans la réalité admise par tout le monde). Cette fois-ci, aucun doute, le gouvernement est prêt à tout pour ne pas apparaître défait. Les ministres le prouveront en menant une campagne pour le second tour basée sur des arguments risibles.


Battre campagne sur des arguments fallacieux

Nous le disions en introduction, l'UMP est reparti en campagne sur le thème éculé de l'insécurité. Essayant de faire oublier que les statistiques de l'insécurité sont toujours plus mauvaises depuis que la droite est au pouvoir, l'UMP se place comme le parti qui défend la sécurité des Français. Dans son meeting de mercredi soir, François Fillon a appelé « ceux que la violence inquiète » et « qui veulent faire reculer la peur » à ne pas se « disperser dans leurs votes » dimanche prochain. C'est dans ce cadre qu'il va commettre cette bévue impensable : annoncer la mort d'un policier en rétablissement. « Comme à chaque fois, les politiques réagissent à l'émotion, à l'affect, suite à certains événements » déplore un délégué syndical, « En cette période électorale, vouloir à tout prix faire de la récupération, je ne sais pas si c'est forcément de bon ton et judicieux » ajoute-t-il. Selon Julien Dray : « l'UMP et le premier ministre sont en proie à une frénésie qui les pousse, pour ramasser quelques voix, à dire et à faire n'importe quoi ». Ce n'est pourtant qu'un aperçu de ce que l'UMP et les membres du gouvernement peuvent mettre en place pour ce second tour.

Christine Lagarde n'a pas hésité à mettre en avant l'abstention de ses propres enfants pour mobiliser les abstentionnistes de son camp. La stratégie du parti unique à droite a montré ses limites dimanche passé puisque l'UMP ne bénéficie d'aucun report de voix pour le second tour. Pour que leurs résultats soient moins mauvais dimanche prochain, il n'y a donc qu'une seule solution : faire voter les abstentionnistes pour l'UMP. Comme on le voit sur la vidéo ci-dessous, la ministre affirme que ses enfants n'ont pas voté parce qu'ils ne « comprennent rien aux régions ». L'abstention massive de dimanche passée ne serait donc pas liée au rejet de la politique sarkozienne mais simplement à un scrutin trop opaque...

Les ministres ne s'arrêtent pas à ce stade, il faut limiter la victoire de la gauche. Une fiche a dû leur être préparée pour que partout ils transmettent un autre message : « il n'y a pas de fatalité à voter socialiste quand on a donné son scrutin à Europe Ecologie au premier tour ». C'est ce que montre très bien Luc Mandret sur ce billet. Deux autres messages étaient à livrer en même temps : les listes de gauche seraient bricolées alors que les listes UMP – identiques à celles du premier tour – seraient authentiques... quel argument. Le second : « voter FN c'est voter socialiste ». Sans vergogne, Xavier Bertrand répète ce slogan à l'envie. Après avoir reproché la vacuité programmatique du PS au premier tour, l'UMP fait campagne sur des petites phrases infondées espérant ainsi limiter la débâcle programmée.

A regarder cet échantillon de politique gouvernementale, on comprend que l'électorat UMP se soit abstenu au premier tour et il ne fait aucun doute qu'il s'abstiendra au second. Le PS doit toutefois être prévenu, il va falloir être armé pour les élections présidentielles de 2012 car la gauche devra affronter un parti qui mise tout sur la communication sans scrupule ni peur de mentir éhontément.


vendredi 12 mars 2010

Abstention : une absence de sens politique

Ces dernières semaines, la presse a souvent insisté sur l’importance que pourrait prendre l’abstention lors des prochaines élections régionales. Des titres comme « L’abstention, grande gagnante des élections » ou « L’abstention, premier parti de France » ont ainsi mis en valeur les données rassemblées par les différents sondages. Pas plus tard qu’hier, une enquête réalisée par l’IFOP annonçait 47% d’abstention au premier tour des élections régionales, soit 8 points de plus qu’aux dernières élections de 2004.

L’abstention, grande gagnante ? L’abstention, choix politique ? La presse s’attache alors à justifier ce refus d’aller voter, à donner du sens à cette abstention, en montrant que s’abstenir, c’est comme voter, c’est envoyer un message politique. Il est pourtant essentiel de garder à l’esprit que derrière une statistique, les « tant de pour cent » qui ne vont pas voter, coexiste une population hétéroclite : il y a l’abstentionniste convaincu qui ne participe à aucune élection, l’abstentionniste étourdi qui n’a pas pris le temps de faire une procuration, l’abstentionniste politique qui veut manifester son rejet de l’offre politique, mais aussi les électeurs de droite qui ne se retrouvent pas dans le sarkozysme, le Français qui ne se déplace jamais pour une élection intermédiaire, et surtout tous ceux qui ne savent pas que dimanche, on vote. Dimanche soir, l’ensemble de ces abstentionnistes formera un tout politique, une seule statistique, sans réel sens politique. lire la suite sur tout-ca.com

lundi 8 mars 2010

Parité : où en sont les régions ?

Les femmes politiques – en France – sont victimes d’une double discrimination. D’une part elles sont discriminées quantitativement, elles sont moins nombreuses. D’autre part, elles sont victime d’une discrimination qualitative, elles accèdent souvent à des postes moins valorisés ou censés être « féminins ». A l’occasion de cette centième journée internationale des femmes et à quelques jours des régionales, il convient de s’interroger sur la place qu’elles occupent dans cette collectivité territoriale.

Les précédentes élections régionales étaient les premières élections de ce type à devoir respecter la loi du du 6 juin 2000 « tendant à favoriser l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives », plus connue sous le nom de loi sur la parité. A ce titre, il est très intéressant d’en analyser les résultats qui montrent les forces et faiblesses de cette loi.

Alors qu’en 1998, 27,5% des conseillers régionaux étaient des femmes, elles sont un peu plus de 47,6% six ans plus tard dans les mêmes assemblées. En imposant des listes paritaires où doivent alterner une femme / un homme, la loi a contribué à féminiser les assemblées régionales mettant ainsi à mal la discrimination quantitative dont sont victimes les femmes. Qu’en est-il de l’autre discrimination ?

lire la suite sur tout-ca

vendredi 5 mars 2010

Pourquoi débattre ? - Le premier numéro de la Revue !

Mars

Pour lire le premier numéro de la revue consacré à l'identité nationale cliquez sur "fullscreen", vous pouvez aussi l'imprimer en cliquant sur "print" ou la télécharger avec "download" !

Debattre sur l'identité nationale

En 1992, Population, immigration et identité nationale de Gérard Noiriel s’ouvrait sur ces mots : « Depuis une dizaine d’années, les problèmes d’immigration et d’identité nationale sont au cœur de l’actualité politique, non seulement en France, mais dans l’ensemble de l’Europe ». L’idée que le sujet serait tabouvéhiculée par le gouvernement et notamment par Eric Besson qui y consacre un chapitre entier dans son opuscule (p.26) – n’a pas d’autre fondement qu’une volonté politique de diffuser une doxa erronée.

Depuis le XVIIIe siècle et l’avènement du concept de « nation » - au sens politique du termece mot n’a cessé d’être débattu, précisé et redéfini. Pour Jules Michelet, historien du XIXe siècle : l’Angleterre est un empire, l’Allemagne une race, et la France est une « personne », qui a pris conscience de son existence en 1789. « Qu’est-ce qu’une nation ? », la célèbre conférence d’Ernest Renan – citée, détournée, malmenée pendant ce débatest prononcée quelques années après l’humiliante défaite Française contre la Prusse et fixe l’idée d’une différence entre le concept français et allemand de nation. C’est à cette époque, dans ce contexte, que se dessine l’idée « d’un plébiscite de tous les jours ». Paul Ricœur définit notre identité nationale selon deux critères, la « mêmeté » et l« ipsité ». A la fin du XIXe siècle, contrairement aux allemands, les français sont identiques, la mêmeté, et possèdent une histoire commune qui forge leur sentiment d’appartenance à la nation, l’ipsité. La IIIe République porte ce nouveau concept de nation, notamment en imposant aux enfants un enseignement de l’histoire basée sur la gloire de nos héros nationaux et de la géographie enseignée avec une Alsace toujours Française.

Anne-Marie Thiesse, historienne spécialiste du sujet, montre que la construction des identités nationales est un processus complexe, qui s'est engagé dès le XIXème dans la plupart des pays européens et n'en finit pas de se renouveler (p.20). Selon elle, il n’est « rien de plus international que la formation des identités nationales ». Les pays européens ont à cette époque cherché à tisser des représentations nouvelles pour créer le lien social nécessaire au « vivre ensemble ». Patrick Weil, auteur de Qu’est-ce qu’un Français , explique que la notion de nationalité a varié selon le temps (p.26). Ainsi, quatre critères peuvent donner droit à la nationalité française : le lieu de naissance, le lien de filiation, la résidence, le statut matrimonial. Selon les périodes, selon la représentation que notre société véhiculait des femmes, des juifs, des musulmans d’Algérie…, on leur a accordé, nié ou refusé la nationalité française. Il est donc définitivement erroné de croire que cette question est nouvelle, tout comme il serait faux de croire que la nation est essentialiste et immuable. Comme tout individu, la nation française est en permanente évolution.


Dès lors, pourquoi un tel débat ? Parce que le concept de nation est éminemment politique. Pour Gérard Noiriel (p.30), la IIIeRépublique a « fabriqué la ‘’communauté nationale’’ en même temps qu’elle favorisait le processus de différentiation des affiliations » : l’identité nationale est devenue une composante de l’identité de tous les citoyens, qui baignaient dans un « nous Français », mais elle n’était pas la seule facette de leur identité. En effet, la fin du XIXevoit se développer en même temps que la presse à grand tirage, la démocratisation de l’enseignement, l’émergence des premières « catégories socio-professionnelles ». « Le fait que les individus soient rattachés à différents groupes sociaux a multiplié les identités latentes (potentielles), qui doivent être activées pour s’imposer ». En fonction du contexte, certaines de ces identités potentielles acquièrent plus ou moins de visibilité dans l’espace public. Dans les années 1880, la « politisation de l’identité nationale devient alors une arme essentielle pour combattre la lutte des classes ». Une leçon d’histoire à mettre en écho avec notre contexte contemporain. Après la seconde guerre mondiale, le nationalisme et profondément et durablement discrédité. Gérard Noiriel montre qu’il faudra attendre le début des années 80 et les prémices de la popularité de Jean-Marie Le Pen pour que le sujet réapparaisse dans les médias. Depuis, sous couvert de ne pas vouloir laisser au parti frontiste le monopole de ce sujet, l’identité nationale a été mobilisée par la droite essentiellement et la gauche épisodiquement.


Porté par les médias, le thème de l’identité nationale devient même un sujet central de la présidentielle de 2007, après l’annonce de la création par le candidat Sarkozy d’un ministère de l’Immigration et de l’identité nationale. Pour Gérard Noiriel, les différences entre le patriotisme de Ségolène Royal et le nationalisme de Nicolas Sarkozy sont aussi marquées que celles qui opposaient Jaurès et Barrès au début du XXème. S’il ne fait aucun doute qu’en imposant un tel débat, le candidat de l’UMP cherchait à raviver le clivage droite/gauche qu’il avait estompé en début de campagne, ce sujet n’a pas été choisi au hasard. La dernière enquête décennale sur les valeurs des Français montre l’intérêt que ces derniers portent à ce sujet. 90% des personnes interrogées se déclarent fières d’être Françaises, alors qu’elles n’étaient que 82% en 1981. Plus intéressant encore, les clivages se sont estompés : même les populations qui étaient en 1981 en retrait quant à l’affirmation de leur fierté nationale, comme les militants de gauche et surtout d’extrême gauche, ne se différencient plus aujourd’hui des autres Français. Cette enquête révèle aussi qu’une majorité des Français (56%) pense que « les immigrés sont une charge pour la sécurité sociale du pays », qu’un Français sur trois estime que la « culture est menacée par les immigrés »et que ces derniers « aggravent les problèmes de criminalité », même si les immigrés sont cependant toujours mieux acceptés en France. Les auteurs de l’enquête concluent que même si l’idée d’interdire ou de contrôler strictement l’immigration diminue en France, cette question demeure un sujet qui divise la société française. Pour un candidat qui cherchait le clivage, rien de mieux dès lors.


Ce débat a pourtant échoué. Censé se conclure par un grand colloque débouchant sur un nouveau contrat d’intégration, le grand débat sur l’identité nationale devra se contenter d’un simple séminaire gouvernemental dont le seul objectif était de mettre fin au désastre. Mais alors, pourquoi consacrer ce premier numéro à ce sujet éculé ? Tout simplement parce que nous considérons que ce débat est nécessaire et que la conséquence première de son échec va être de faire disparaître le thème, voire l’idée de débat, pour quelques années, alors qu’il est toujours plus important. A l’heure de la mondialisation, alors que l’immigration a amené avec elle de nouvelles cultures, une nouvelle religion, et leur corollaire de questions de société, il est plus que jamais indispensable de pouvoir répondre à la question de ce qu’est un Français. Inutile de préciser que les immigrés fraichement arrivés sur le territoire, qu’ils souhaitent conserver leur nationalité ou devenir français, attendent que le pays d’accueil donne une réponse à cette question.

Comme nous l’explique Philippe Breton (p.23), la démocratie est basée sur la parole. Ce qui, dans les faits, montre la supériorité de ce régime, sont les débats, les échanges d’idées qui produisent des décisions et des politiques plus rationnelles et réfléchies. Si ce débat ne s’était pas paré de ses habits jacobins centralisateurs, en étant encadré par les préfets, pilotés par une volonté et des enjeux politiques, il aurait pu permettre de réfléchir à un nouveau modèle d’intégration français. En laissant chaque citoyen s’exprimer, affirmer ses craintes sans pour autant le taxer de xénophobie, un débat mieux organisé aurait permis à notre société de mieux se connaître, aux citoyens de mieux vivre avec les étrangers et aux « Français de souche » de mieux cohabiter avec ceux « de feuillages »…


Line MAZUIR et Grégory BOZONNET

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